Le son et le sens

Le son et le sens

Pendant longtemps on a ramené les discussions sur l’écriture à la lutte entre deux tendances, deux écoles, deux principes : l’écriture phonologique (“phonétique”) et l’écriture étymologique. Louis-Jean Calvet, par exemple,  écrit : 

« La planification linguistique passe d’abord par une description précise de la langue, puis par une réflexion sur ce qu’on attend d’un système d’écriture. Faut-il par exemple choisir une orthographe de type phonologique, dans laquelle à chaque phonème correspond un graphème, ou si l’on préfère à chaque son une lettre ? Faut-il au contraire choisir une orthographe de type étymologique dans laquelle la forme générale d’un mot nous apportera  de l’information sur son histoire et sur la famille dans laquelle il s’insère. Dans le premier cas on écrira en français pour temps, taon, ou tant, dans le second cas  on fera remarquer  que la graphie temps, même s’il utilise des lettres apparemment inutiles, présente l’avantage  de renvoyer à la fois au latin tempus et aux mots temporaire et temporiser… »

C’est encore le stade actuel de nos discussions sur l’écriture du créole réunionnais où la bataille, largement idéologique, entre les deux tendances fait souvent rage.

Aujourd’hui, les choses devraient être présentées différemment : 

« Les analyses linguistiques les plus récentes préfèrent désormais considérer les orthographes comme le résultat d’un compromis entre deux principes. L’un dit phonographique (…) repose sur la représentation d’unités linguistiques dépourvues de sens (…) L’autre dit sémiographique, permet de générer l’ensemble des unités graphiques significatives. »

En d’autres termes, et pour ramener au créole réunionnais : Un compromis doit exister entre le fait de noter les phonèmes (les “sons”) et celui de noter le sens. Pour que notre écriture soit fonctionnelle l’un ne peut pas aller sans l’autre. Les écritures francisées  et les écritures “phonétiques” respectent-elles le compromis entre ces deux principes ?