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Colloque FLAREP
de lundi 26 au mercredi 28 octobre 2009
La Réunion

Invit° Fe?de? Parents 1/10/06
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ColloqueExpCerneau

Discours M. Thierry DELOBEL – Président FLAREP
Le créole réunionnais
langue maternelle et régionale…

Nous sommes ici réunis de manière hautement symbolique, dans ce lieu de décision et de pouvoir, en un jour bien précis qui célèbre à travers le monde, la Journée Internationale du Créole.
Les associations qui composent la FLAREP sont particulièrement honorées de votre présence et très heureuse que leur 23e colloque marque ici et avec vous une étape importante dans la vie de notre fédération.
En effet depuis plus de 20 ans, la FLAREP est née à Bayonne en 1987, nous n’avons eu de cesse d’aller à la rencontre des parents, des enseignants, des élus, des représentants de l’État et de la société civile avec un message simple et clair = l’École de la République a le devoir de reconnaître, de transmettre et de promouvoir l’enseignement de nos Langues et Cultures Régionales, surtout en l’absence d’un cadre législatif qui fixerait à l’État les mêmes devoirs envers les citoyens que nous sommes.
Au cours de ces deux décennies nous avons pû mesurer combien ce qui nous rapprochait, nos langues et leurs situations si différentes les unes des autres, n’était que richesses au regard de ce qu’elles représentent pour le pays des droits de l’homme qui vient seulement d’en reconnaître l’existence du bout des lèvres au prix d’une modification constitutionnelle.
Au fil des années, l’enseignement des et en Langues Régionales s’est développé au sein du Service Public d’Éducation ; avec la Langue Régionale devrait-on rajouter ici à la Réunion si l’on fait référence à l’enseignement du français en milieu créolophone.
Mais en l’absence d’une loi-cadre comme je le rappelais lors de notre 22e colloque à Mende dans l’Aveyron ainsi qu’au Forum des Langues de France de Langon au mois de juillet dernier, l’Article 2 de la Constitution “le français est la langue de la République” continue de fortifier la muraille constitutionnelle hostile au développement de nos langues. Le droit négatif l’emporte encore sur le droit positif en la matière, même si dorénavant nous ne sommes plus les sans-papiers du patrimoine national !
Nous avons donc appris à vivre avec et malgré l’Article 2, comme d’autres avec courage résistent à la maladie. Mieux, nous avons réussi à avancer et à ancrer durablement ces langues dans le système éducatif français et plus particulièrement dans le Service Public d’Éducation où cet enseignement se développe et attire de plus en plus de jeunes parents, notamment autour de l’enseignement bilingue.
Leurs motivations sont diverses et se retrouvent naturellement, d’une région à l’autre, quand il s’agit de se réapproprier la langue perdue en l’absence de transmission familiale, de refuser que mondialisation rime avec uniformisation, de vouloir offrir à ses enfants les avantages d’un bilinguisme précoce – un bilinguisme additif – et bien sûr de parler non seulement une autre langue mais d’en apprendre d’autres plus tôt et plus facilement.
Mais les évolutions récentes des textes généraux relatifs à l’enseignement bilingue Français / Langue Régionale accentuent les disparités et creusent un fossé entre nos langues, entre celles qui disposent d’outils institutionnels pour leur développement, qu’ils soient inclus dans le cadre de Contrats de plan État / Région (Bretagne, Alsace notamment) ou spécifiques (Corse, Pays Basque) et celles qui n’en disposent pas.
Des textes qui tendent à marginaliser de plus en plus leur enseignement dans un contexte de réduction des moyens affectant aussi l’Éducation Nationale et qui mettent en danger le devenir de nos langues.
On l’aura compris, en l’absence d’un cadre juridique pour les Langues Régionales de France, le droit négatif ne cesse de se développer au sein d’une administration qui leur est souvent hostile.
C’est la géopolitique qui fait loi et seuls le Pays Basque et la Corse mènent une véritable politique linguistique en la matière.
Mais nous ne sommes pas venus à la Réunion pour ne parler que de la situation des Langues de France en métropole car aucune d’elles ne peut être comparée à celle du créole réunionnais, langue maternelle pour une majorité de la population, langue de la maison ou “patois sympathique” pour certains nostalgiques, mélange de langues, macrolangue ou interlecte pour d’autres, qui souffre d’exclusion au regard d’un français dominateur dans une société en situation diglossique. 

Qu’en est-il à la Réunion ? 

Au cours de ces deux précédentes journées, nous avons pu cerner à la fois ses particularités historiques, sociolinguistiques et culturelles. Car il n’est pas simple de s’y retrouver pour les observateurs avertis et les acteurs que nous sommes venus de nos régions respectives jusqu’à la Réunion pour essayer, sans porter de jugement, de comprendre : 

• Comprendre pourquoi, alors que, comme en métropole, les lois de la République le permettent, certaines institutions à pouvoir décisionnel hésitent encore à se positionner clairement en faveur d’une reconnaissance et d’une prise en compte de ce contexte socio-linguistique si particulier de la Réunion dans le système éducatif ? De son côté, nous savons que la Région, elle, s’est positionnée clairement sur ce sujet et qu’une Convention État/Région est sur le point d’être signée. 

• Comprendre pourquoi, comme le montre une récente enquête de l’INSEE, environ un adulte sur 5, soit plus de 100 000 personnes, est en situation de grande difficulté dans les exercices simples de communication par écrit, un taux particulièrement plus élevé qu’en métropole, qui s’explique, toujours selon l’INSEE, en grande partie par le retard de la mise en place du système éducatif ? Sans vous le cacher, cette explication, la jeunesse du système éducatif, nous laisse quelque peu sceptiques. La Réunion est un département français depuis 1946 et à notre connaissance elle a bénéficié d’un important soutien de la part de l’État, surtout depuis les années 60 avec la création en 1982 d’une Université de plein exercice puis la transformation du vice Rectorat en Rectorat en 1984 qui est ainsi venue compléter la structuration des services de l’État. 

• Comprendre pourquoi ce retard des politiques institutionnelles à prendre en charge une véritable politique linguistique pour la Réunion permettant, entre autre, le développement et la promotion de l’enseignement du français en milieu créolophone alors que les inégalités de réussite socialement et linguistiquement, ne cessent de se renforcer ? Nous savons, par expérience, ce qui se passe dans nos régions : que seul le volontarisme et l’affichage de la puissance publique permettent d’organiser l’offre d’enseignement en matière de politique linguistique et que le travail de sensibilisation auprès de la population ne se fera pas à l’initiative de l’État ni de sa représentation institutionnelle ! 

• Comprendre pourquoi l’Éducation Nationale qui, dans son histoire a fait preuve de sa réactivité et de son adaptabilité depuis l’introduction de l’enseignement bilingue à parité dès 1983 d’abord en Pays Basque puis en Bretagne jusqu’à la création toute récente de sections langue régionale renforcée dans le 1er cycle des apprentissages (3/4 – 1/4), n’ai pas encore réussi à développer un système éducatif qui tienne compte de réalités sociolinguistiques et culturelles propres à la Réunion ?
Qu’il me soit permis, à ce sujet, de vous lire quelques extraits de la Convention-cadre signée en 2004 entre l’État représenté par le Recteur de l’Académie de Bordeaux et le Département des Pyrénées-Atlantiques représenté par le Président du Conseil Général.
Convention qui fixe pour mission aux 2 partenaires d’organiser la concertation sur les politiques à engager par chacun et qui a abouti à la création de deux nouvelles structures opérationnelles : le GIP “Office Public de Politique Linguistique” pour le Basque et l’Occitan, structures opérationnelles qui sont chargées :
1. de favoriser la diffusion de l’information sur l’offre d’enseignement existante ;
2. d’organiser des campagnes de sensibilisation et de promotion relatives aux langues régionales* ainsi que sur l’enseignement bilingue ;
3. d’organiser des enquêtes ou des sondages relatifs à l’analyse de la demande d’enseignement de et en langue régionale* ;
4. de concevoir et de proposer la mise en place d’une programmation pluriannuelle de l’offre d’enseignement assurant la cohérence, la complétude et la continuité des cursus tout au long de la scolarité ;
5. de proposer, sur ces bases, une carte des enseignements de et en langues régionales* déclinant la programmation pluriannuelle : détermination du nombre de sites d’enseignement et choix de leur implantation ;
6. de préparer l’ouverture des sites prévus dans la programmation par un travail de concertation avec les collectivités locales concernées par les investissements immobiliers et mobiliers à réaliser ainsi que par des actions de sensibilisation auprès des familles et la mise en oeuvre de procédures d’inscription adaptées ;
7. d’établir un cadre de concertation avec les associations oeuvrant dans le domaine des langues régionales*, tout particulièrement les associations de parents d’élèves des trois filières d’enseignement bilingue. 

• Comprendre enfin pourquoi ce qui se fait, ce qui est mis en oeuvre dans d’autres régions de France, en métropole, pour d’autres langues, ne le serait pas ici à la Réunion pour le Créole Réunionnais ? 

…Mais aussi enjeu sociétal 

On l’aura compris, cette liste d’interrogations n’est pas exhaustive mais elle recoupe les attentes de toutes celles et de tous ceux qui, légitimement, demandent depuis longtemps que les choses changent.
Il serait réducteur de penser ou de faire croire que ce ne serait que le fait de militants de la cause créole ; ce sont avant tout les attentes de parents, de familles inquiets pour l’avenir de leurs enfants, de citoyens comme vous et moi qui veulent que l’État et plus particulièrement le Service Public d’Éducation prennent à bras le corps ce problème de l’enseigne ment du français en s’appuyant sur la réalité du créole, en développant les synergies et les complémen – tarités linguistiques et en se donnant les moyens de la réussite scolaire, portail d’accès à la réussite sociale.
Il serait confortable de penser ou de faire croire que les écarts aussi importants au niveau des résultats des évaluations conduites par l’Éducation Nationale – de l’ordre de 12,5 points par rapport à la métropole – ne serait dûs qu’à une sorte de “languitude” ambiante propre aux îles, reprenant ainsi de vieux clichés d’une époque coloniale révolue.
Il serait enfin risqué de penser ou de faire croire que ces problèmes, pour lesquels des solutions existent afin de développer une compétence bilingue à la Réunion, iront en se diluant avec le temps et que la crise aidant, les préoccupations et les aspirations de la société créole se transformeront en résignation.
Il est de la responsabilité de chacun, qu’il soit élu ou représentant d’une institution, de faire en sorte, dans son domaine de compé – tence, d’oeuvrer à l’épanouissement socio-linguistique et culturel des réunionnais et de mieux préparer les jeunes générations aux défis du futur car bien plus qu’une langue régionale, le créole est avant tout langue maternelle pour une majorité de la population et de ce fait, de manière incontournable, un véritable enjeu sociétal.

Le Président FLAREP – IKAS-BI Thierry DELOBEL 

* langue régionale basque et occitane